Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 08:00

blog 9

 

Je restai sans voix pendant qu'elle me toisait d'un air supérieur.

Je parvins à articuler "mais c'est gentil un ange.

- Pas celui-là. T'sais qui c'est Lucifer ?

- Un ange qui portait la lumière mais qui voulait surpasser Dieu, et il a été jeté en enfer.

- Ouais mais on dit que Lucifer revient, le Prince de ce monde, qu'on dit, il est partout, et l'ange du confessionnal c'est son pote. Il est assis à côté du curé.

- Le curé le chasse, alors ?

- Non. C'est aussi le pote du curé. A deux, qu'y s'y mettent pour te faire cracher tes péchés".

Annie rôdait autour de nous et n'en perdait pas une miette.

"Alors t'as pas intérêt à mentir" dit-elle en s'éloignant avec Annie qui s'esclaffait.

 

Le soir de la confession était arrivé.

Repost 0
31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:00

coup de foudre001

 

J'avais un an d'avance intellectuellement, j'étais au CM 2 à 9 ans, mais certaines filles du catéchisme s'aperçurent que j'étais naïve au point d'en être niaise.

L'une d'entre elles, Marie-Laure, escortée d'Annie qui grimaçait perpétuellement un sourire crispé, vinrent me trouver.

Marie-Claude déclencha l'attaque.

"T'sais que j'redouble.

- Oui. Pourquoi ?

- J'suis d'jà allée me confesser, l'an dernier. J'vais t'raconter. L'horreur, que c'est. On nous d'mande d'nous mettre à genoux passe que l'curé s'occupe de l'autre personne de l'autre côté. T'entends rien à cause de la grille fermée dans la boîte que c'est, l'confessionnal. Ah mais j'ai oublié, avant t'attends dans l'église et t'écris tes péchés. Quand l'curé a fini, il ouv'la grille d'ton côté et tu dois dire "mon Père, pardonnez-moi passe que j'ai péché.

- Notre catéchiste nous l'a expliqué.

- Mais c'qu'elle a pas dit c'est qu'y a un deuxième personnage assis à côté du curé, seul'ment tu l'vois pas.

- Pourquoi ?

- Ben tiens ! Passe que c'est l'ange du confessionnal.

Repost 0
24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 08:00

champ Tonkin groupe floral

 

Une vieille maison avait été transformée en accueil du catéchisme. Vieille, oui, et charmante. En plein centre mais cachée par de hauts murs et débordant de fleurs sous les grands arbres. Au printemps je découvrais les violettes, cachées, pudiques, mais semblables à des jeunes filles sous leur grand chapeau, elles souriaient.

L'intérieur de la maison n'était meublé que de chaises et de tables branlantes. Dans un couloir à l'étage il y avait une vieille machine à coudre. Je me souviens d'une élève de ma classe, Laurette Lamour (si, si !) qui n'était pas précisément un amour pour l'institutrice et pour la catéchiste. Elle n'arrêtait pas de chanter n'importe quoi. Impossible de la faire taire. Un jeudi matin, la catéchiste lui demanda de sortir sur le palier et de ne pas bouger.

Inquiète de ne plus l'entendre, elle sortit et trouva Laurette Lamour à l'oeuvre sur la machine à coudre, actionnant la pédale comme une furie, et lissant du plat de la main un tissu imaginaire. La punition tourna au fou rire général.

Un matin notre catéchiste nous déclara "qu'elle allait nous expliquer la confession".

Repost 0
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 08:00

AF arbre Allogny001

 

Après un an dans ce village en Isère nous avons dû partir à Bourgoin-Jallieu. Pas loin.

Une grande église avec deux tours carrées, mais carrément moches. Elles auraient dû être coiffées de pics de pierres ciselées mais il n'y avait  pas eu assez d'argent pour les construire.

Dès le premier dimanche ce fut un éblouissement pendant la messe. Les grandes orgues se déchaînaient comme à Oran, plus, peut-être, car elles me semblaient vastes comme des pays imaginaires. Je voyais des étangs, des soleils, des gloires de paysages. Les orgues me faisaient jubiler ou pleurer tour à tour. La messe m'ennuyait, je l'avoue, surtout à cause de l'archiprêtre (rien que ce nom m'énervait) et qui m'avait prise en grippe et n'arrêtait pas de m'insulter "parce que j'étais Pied-Noir".

Ployée sous le fardeau des tortures que  j'avais sûrement infligées puisque je dus quitter mon pays natal, l'Algérie, à huit ans, il me méprisait comme "sale colonialiste".

Il ne m'aimait pas. Je voulus plusieurs fois me confier à lui. Il ne répondit jamais à mon désir de dialogue.

A l'époque, avant le Concile Vatican II, la messe se disait en latin. Je me souviens comme si je l'entendais encore de son homélie sur le thème "pourquoi dire le Notre Père" en français.

Il avait montré, depuis toute la gloriole de son mètre cinquante, qu'il était le Chef incontesté, et je ne pouvais pas deviner, à huit ans, qu'il se ferait virer pour avoir semé le désordre dans la paroisse.

"Pourquoi le tutoiement ? Parce qu'on tutoie Dieu, on tutoie ceux qu'on aime, mais parfois on est obligé de tutoyer ceux qu'on n'aime pas.

Pourquoi prier en français ? Pour être conscient de ce qu'on dit.

Pourquoi remplacer "que ton règne arrive" par "que ton règne vienne ?" Parce que, si des ennuis vous tombent dessus, on dit "ce sont des choses qui arrivent" et que Saint-Jean-Baptiste a dit à Jésus "es-tu celui qui vient ?"

Je vous le dis, les temps sont proches".

Quels temps et proches de quoi ? En le regardant, ce père, le Père Klein, je sentais le frisson du Mal.

J'étais élève de piano et un jour je me confiai à ma prof, une vieille demoiselle exquise à laquelle je dois d'être devenue la prof de piano que je suis modestement.

"Il est louche" me dit-elle, "il a fait quitter la paroisse à des gens qu'il jugeait riches et qu'il voulait éloigner parce qu'il veut une église de châtiment".

Je comprenais vaguement.

Repost 0
10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 08:00

état d'âme noir

 

Mon premier souvenir de religion est radieux.  J'étais sur les marches de la cathédrale d'Oran, le jour des Rameaux. Selon une tradition, je tenais en mains un petit arbre blanc auquel étaient suspendus des friandises, chocolats, bonbons, et je me demandais pourquoi il y avait tant de fête alors que je venais d'écouter le tragique récit de l'arrestation et de la mort de Jésus.

Plus que tout, j'étais aspirée par un grand mouvement qui venait de l'écoute de l'orgue. Jamais je n'aurais pu imaginer une telle tempête de sons ni une telle douceur. Je me demandais comment on pouvait donner une musique pareille. Et j'aurais voulu jouer sur cet instrument bizarre avec des tuyaux, si différent du clavier du piano.

Tout en tenant mon arbre de délices, je pensais que les sons de l'orgue étaient mille fois plus beaux.

Et l'Histoire voulut que la cathédrale d'Oran disparût selon l'Histoire, et je me retrouvai dans une petite ville moche et sordide de l'Isère.

Mes parents m'inscrivirent au catéchisme.

Une dame âgée, souriante, faisait asseoir les enfants sur un beau tapis et nous n'avions qu'à lire les journaux de notre âge.

"Pourquoi Jésus est mort comme ça ?" lui demandai-je un jour et elle répondit "que j'étais trop petite pour comprendre".

Repost 0
3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 08:00

boutons d'or-copie-4

 

 

J'écrivis à un autre prêtre, un missionnaire de la Salette, en lui communiquant l'avis du prêtre de ma paroisse : "l'âme ? Connais pas".

Il me répondit que beaucoup de gens disaient "mon foie, connais pas, mais que c'était faux de le croire et qu'il fallait du temps".

Comme tout s'embrouillait dans ma tête, je me rappelai une chanson de je ne sais plus qui,

"et si la mort me programme

sur son grand ordinateur

elle peut avoir mon âme

mais elle n'aura pas mon coeur".

Je nageais en pleine cacophonie.

Des personnes ayant subi une transplantation cardiaque sont étonnées de se retrouver identiques à ce qu'elles étaient avant la greffe.

Le coeur n'est qu'un organe.

Et l'âme, où est-elle ?



Repost 0
24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 08:00

 chapelle aérienne          chapelle aérienne, aquarelle de Monique

 

"L'âme ? Connais pas".

Cela se passait dans "des temps très anciens", aurait commenté Victor Hugo.

Autrement dit, avant l'invasion de l'informatique.

A force de tenir cette lettre dans mes mains, je tremblais en la relisant.

J'avais fait part de mes doutes sur la religion à mon curé, et c'était lui qui me répondait. Je poussai un soupir et me remis à lire.

"Au Paradis", continuait-il, "je vais avoir la chance de retrouver les douleurs de mon arthrose, ma sale maladie d'angine de poitrine. Je pourrai surveiller ce que font les gens encore vivants que j'ai connus. Et j'écouterai mes chères symphonies de Haydn. Ce sera ma vie actuelle mais perpétuelle. J'aurai l'éternité pour continuer à vivre mes souffrances".

Je me demandai s'il parlait de l'enfer ou du paradis et je poursuivis ma lecture.

"L'enfer n'existe pas, le paradis non plus. Ce sont des idées des hommes".

Ah, dédé zomm. Continue à lire, Monique.

"Dieu, de toute façon, est un homme".

Ah.

 

Je déchirai la lettre mais je la savais par coeur.



Repost 0
20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 08:00

A-34.jpg

 

Un grand tableau se déploya dans le ciel, comme une vision.

Victor Hugo l'aurait mieux dit que ça.

"J'eus un songe. Le mur d'la music'm'apparut" quoi, il faut 12 syllabes.

Semblant émaner d'un amas de galaxies ou de nébuleuses, bouchant un trou noir du cosmos, et bouchant un coin aux spectateurs, ce prodigieux tableau proposait des choses incompréhensibles. Deux hamacs de cinq cordes avaient été étirés pour former des lignes droites. Sur les cinq premières lignes on voyait la clé de sol, étonnée mais souriante, sur les cinq lignes suivantes, la clé de fa faisait la gueule comme toujours, et perdait l'équilibre. Le plus surprenant était le petit personnage à droite, un inconnu qui se demandait ce qu'il faisait là.

Repost 0
15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 08:00

A 9

 

La clé de sol

prit la parole

tandis que la clé de fa s'empiffrait sans écouter.

"Mes amis, acteurs du solfège, il est temps de nous entendre pour réaliser la grande entente, précisément. Il fautque chacun y mette du sien".

Une cerise alla faire du charme à une marguerite.

"Toi la charmeuse" reprit la clé de sol à laquelle ce manège n'avait pas échappé,"nous t'appellerons croche puisque tu veux accrocher l'attention.

- Et moi ?" demanda la marguerite.

"Tu ne peux pas avoir ta place dans le solfège, mais beaucoup de chansons seront écrites en ton honneur. Je dois t'annoncer que certains vont t'effeuiller en chantant un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.

- Quoi, on va me faire faire du strip tease ? Je vais alerter les écolos".

Et ce fut reparti pour le brouhaha.

Repost 0
10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 08:00

A 10

 

"Vous allez vous regrouper," expliqua la clé de sol. "Tâchez de trouver des ressemblances entre vous".

Une croche aborda timidement un personnage qui lui ressemblait, mais qui avait deux feuilles.

"Bien !" fit la clé de sol. "La croche a rencontré la double croche. Mais pour être égale à la croche, il faut deux doubles croches".

La croche piqua une crise. "Je ne veux pas d'un harem ! Une seule double croche me suffit !

- Oh non ! Je vais vous donner un autre exemple" mais un grand bruit lui coupa la parole.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de monique clavaud
  • Le blog de monique clavaud
  • : une passion pour trois arts aux liens subtils et pleins de surprises : musique, écriture, aquarelle. Je ne m'adresse qu'aux enthousiastes. Monique
  • Contact

Recherche

Liens